Le marché e-commerce en Afghanistan offre des possibilités réelles, mais il reste en phase de développement. La progression de l’accès à Internet et des services numériques crée un terrain favorable aux boutiques en ligne, aux places de marché et aux ventes destinées à la diaspora. Dans le même temps, l’infrastructure informatique limitée, les paiements en ligne encore inégalement accessibles et la préférence pour les commerces de proximité rendent l’activité plus exigeante que dans un marché e-commerce mature.
Pour évaluer concrètement une activité en ligne dans le pays, il faut donc examiner trois éléments complémentaires : le niveau de maturité du marché et les plateformes disponibles, les moyens de paiement réellement utilisables, puis la livraison. Ces facteurs déterminent à la fois la capacité à toucher des clients, la manière d’encaisser une commande et la possibilité de remettre effectivement le produit à son destinataire.
L’enjeu n’est pas seulement de savoir si l’Afghanistan dispose de sites de vente en ligne. Il consiste surtout à comprendre comment ces services fonctionnent dans la pratique, quelles catégories de produits ils couvrent et quelles précautions prendre avant de vendre ou d’acheter. Les repères suivants permettent de distinguer les opportunités concrètes des limites qui peuvent encore ralentir une commande ou une activité commerciale.

Maturité du marché e-commerce
Un marché numérique en progression, mais encore embryonnaire
L’e-commerce afghan reste en développement, soutenu par l’extension de l’accès à Internet et des services numériques. Une étude publiée en 2025 estimait à 7,88 millions le nombre d’internautes en Afghanistan au début de 2024. Ce volume constitue un point d’appui pour les vendeurs, car il élargit progressivement la possibilité de présenter une offre au-delà du commerce physique de proximité. Il ne signifie toutefois pas que tous ces internautes achètent régulièrement en ligne : l’accès constitue une condition de départ, tandis que la confiance, le paiement et la livraison déterminent ensuite la transformation d’une audience en clientèle.
Les usages numériques couvrent plusieurs modèles. On trouve des boutiques en ligne, des places de marché de petites annonces et des plateformes qui mettent des vendeurs afghans en relation avec des acheteurs internationaux. Le Programme des Nations unies pour le développement identifie notamment le commerce numérique comme une opportunité émergente pour vendre directement des produits afghans, en particulier agricoles et artisanaux, sur les marchés internationaux. Pour un porteur de projet, cette diversité invite à choisir un modèle adapté : catalogue contrôlé pour une boutique, mise en relation pour une place de marché ou ouverture vers l’étranger pour des produits susceptibles d’intéresser la diaspora et d’autres acheteurs internationaux.
Les plateformes à connaître selon le type d’offre
Le paysage local comprend des plateformes généralistes et des boutiques multi-catégories. Leelam.af est une place de marché d’annonces consacrée notamment aux véhicules, à l’immobilier, aux emplois, aux téléphones, à l’électronique, aux services et aux articles d’occasion. RIVA propose également des catégories comme les véhicules, l’immobilier, les téléphones mobiles, l’électronique et l’électroménager. Tubre, accessible sur le web et via une application mobile, couvre les biens, les véhicules, les logements, les appareils numériques, les services et les emplois. Ces plateformes répondent donc aussi bien à la recherche de biens qu’à celle de services ou d’opportunités, avec une logique de mise en relation qui peut différer de celle d’un catalogue marchand classique.
D’autres acteurs adoptent une approche plus proche de la boutique en ligne. Hamachiz propose notamment des téléphones, ordinateurs, cosmétiques, vêtements, articles ménagers, produits alimentaires, produits de santé et équipements pour enfants. E-Tohfa, opérant depuis Kaboul, se présente comme une marketplace de shopping avec des cadeaux, des fleurs, des vêtements, des appareils électroniques et de l’électroménager, ainsi qu’un catalogue multi-catégories livré en Afghanistan. AfghanBazar met en relation des vendeurs situés dans le pays avec des acheteurs locaux et de la diaspora autour de l’artisanat, de l’alimentation, des vêtements, de la décoration et des services numériques. Parmi les boutiques locales citées figurent aussi Amtaa, Afghan Bazar, Azad Bazar, afom.af, JVBazar.com et zarinas.com. Cette variété permet de comparer le positionnement, les catégories et les modalités proposées avant de retenir une plateforme.

Moyens de paiement e-commerce
Le paiement à la livraison comme repère central
Le paiement à la livraison reste le moyen dominant pour les achats en ligne en Afghanistan. Ce fonctionnement répond à une contrainte essentielle : le client peut souhaiter vérifier que la commande arrive avant de remettre l’argent, tandis que le vendeur doit organiser l’encaissement au moment de la remise. Pour une activité commerciale, ce choix influence donc la préparation des commandes, la gestion des confirmations et la relation avec le service de livraison. Il ne suffit pas de publier un produit : il faut aussi prévoir comment une commande sera validée et comment le paiement sera récupéré.
Cette modalité ne doit pas être interprétée comme l’absence totale de solutions numériques. Certaines plateformes locales acceptent le paiement par carte bancaire en complément du paiement à la livraison. Les solutions disponibles peuvent aussi comprendre des cartes domestiques ou des systèmes comme AfPay, les paiements par QR code et des portefeuilles mobiles tels que HesabPay et M-Paisa. Pour les commandes passées depuis l’étranger, certains services acceptent également les cartes internationales ainsi qu’Apple Pay et Google Pay. Ces options ne répondent toutefois pas nécessairement aux mêmes usages : HesabPay est documenté comme une solution utilisée en Afghanistan avec des soldes en afghanis adossés à des comptes bancaires, tandis que M-Paisa relève des services de portefeuille et de transfert d’argent mobile. D’autres plateformes présentent des dispositifs de paiement sécurisé, de protection de l’acheteur ou d’entiercement. Ces garanties dépendent cependant de la plateforme concernée et ne constituent pas un standard généralisé du marché. Avant de commander ou de vendre, il est donc utile de vérifier précisément le mode proposé pour la transaction, le moment où l’argent est transféré, la compatibilité du moyen de paiement avec la situation de l’utilisateur et le niveau de protection effectivement annoncé. La diversité des options ne dispense ainsi pas d’examiner leurs conditions concrètes.
Cartes, portefeuilles et paiements depuis l’étranger
Les solutions numériques documentées pour l’Afghanistan comprennent les cartes domestiques ou systèmes de paiement comme AfPay, les paiements par QR code et les portefeuilles mobiles tels que HesabPay et M-Paisa. HesabPay est utilisé comme solution de paiement numérique en Afghanistan, avec des soldes en afghanis adossés à des comptes bancaires. M-Paisa fait partie des services de portefeuille et de transfert d’argent mobile documentés dans le pays. Ces options peuvent faciliter une transaction lorsque le client et le vendeur disposent d’un moyen compatible, mais elles ne remplacent pas automatiquement le paiement à la livraison dans l’ensemble du marché.
Les commandes passées depuis l’étranger peuvent relever d’un autre parcours. Certains services destinés aux achats ou aux livraisons en Afghanistan acceptent les cartes internationales ainsi qu’Apple Pay et Google Pay. Cette possibilité est particulièrement pertinente pour la diaspora ou pour un acheteur qui ne dispose pas d’un moyen de paiement local. Elle impose néanmoins de vérifier la plateforme utilisée, car l’acceptation d’un moyen international appartient aux modalités propres au service concerné. Pour limiter les incompréhensions, le client doit distinguer le moyen de paiement disponible, la devise ou le portefeuille accepté et la confirmation effective de la commande, sans supposer qu’une solution annoncée par un service vaut pour tous les vendeurs.

Logistique et livraison
Une couverture annoncée au-delà de la capitale
Les plateformes locales annoncent des dispositifs de livraison couvrant plusieurs villes et régions d’Afghanistan. AfghanBazar met explicitement en avant une livraison nationale, tandis qu’E-Tohfa affirme livrer dans les villes et localités afghanes et revendique une livraison jusque dans des zones éloignées. Ces annonces montrent que les acteurs cherchent à dépasser une clientèle limitée à Kaboul et à rendre la vente en ligne accessible à un territoire plus large. Elles constituent néanmoins des promesses commerciales dont la portée doit être appréciée selon l’adresse concernée. Pour un acheteur, la première vérification consiste à confirmer que l’adresse précise figure bien dans la zone desservie au moment de la commande, plutôt que de déduire cette couverture de la seule mention d’une livraison nationale. Il est également pertinent de distinguer une ville, une localité et une zone éloignée, car la disponibilité annoncée peut ne pas produire les mêmes conditions de remise selon la destination. Pour un vendeur, cette couverture élargie peut ouvrir un marché au-delà de la capitale, mais elle suppose de présenter clairement les destinations effectivement prises en charge. La promesse d’un service étendu doit donc être utilisée comme un point de départ pour vérifier la faisabilité de chaque livraison, et non comme une assurance que toutes les adresses bénéficient du même traitement.
La promesse de couverture nationale ne supprime pas les différences de traitement entre destinations. Une livraison dans une ville bien desservie et une livraison dans une localité éloignée peuvent impliquer des conditions différentes, même lorsque la plateforme présente un service étendu. Cette distinction est particulièrement importante pour les produits importés : les itinéraires régionaux et les conditions du commerce transfrontalier peuvent influer sur les coûts et les délais, notamment lorsque les importations destinées à Kaboul passent par l’Iran. Il est donc prudent de considérer l’adresse, la nature du produit et le mode de remise comme des éléments à valider séparément. Avant de finaliser une commande, l’acheteur peut ainsi demander si la destination exacte est couverte, si le délai annoncé s’applique bien à cette localité et si le coût de livraison varie selon le trajet. Pour un vendeur, cette vérification permet aussi d’éviter de présenter une offre comme uniformément disponible lorsque la livraison dépend en réalité de la destination ou de l’itinéraire. La couverture annoncée doit donc être comprise comme une possibilité commerciale à confirmer, plutôt que comme une garantie identique pour toutes les adresses.
Délais, itinéraires et coûts : le principal point de vigilance
Les délais de livraison élevés constituent encore un frein important au développement de la vente en ligne, y compris dans la capitale, Kaboul. Pour les produits importés, les coûts et les délais peuvent être sensibles aux itinéraires régionaux et aux conditions du commerce transfrontalier. Des transporteurs cités par l’Associated Press indiquent que les importations destinées à Kaboul passent notamment par l’Iran et que les coûts de livraison peuvent varier fortement. La logistique n’est donc pas un simple service ajouté au prix : elle peut modifier l’intérêt économique d’une commande et la capacité à tenir une promesse faite au client.
Dans la pratique, il faut intégrer cette incertitude dans l’évaluation d’une activité e-commerce. Un produit facile à présenter en ligne peut devenir plus difficile à vendre si son acheminement entraîne un délai élevé ou un coût variable. Pour l’acheteur, le montant et le délai annoncés doivent être considérés comme des paramètres essentiels à clarifier avant la validation. Pour le vendeur, la connaissance de la destination et de l’itinéraire aide à choisir une offre réaliste, à communiquer sans promesse excessive et à distinguer les produits locaux des produits importés. Cette approche ne résout pas les contraintes structurelles, mais elle permet de mieux les prendre en compte dans chaque transaction.